«Réalité augmentée» ou diffamation? DSK attaque un roman sur l’affaire du Sofitel

«La Ballade de Rikers Island» ou «la réalité augmentée par une diffamation pure et simple», attaque Me Henri Leclerc, l’avocat de Dominique Strauss-Kahn qui poursuit l’auteur du roman, Régis Jauffret, ainsi que son éditeur devant le tribunal correctionnel de Paris.

Dominique Strauss-Kahn

Dominique Strauss-Kahn

L’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) a, par la voix de son avocat, dénoncé une «diffamation effroyable» distillée à travers ce roman de plus de 400 pages paru aux Editions du Seuil le 16 janvier 2014, qui décrit la chute d’un homme, le désarroi d’une femme et, de façon très précise, une «scène de viol».

Une fiction qui par la grâce de la «création littéraire» peut tout se permettre, comme le plaide la défense, ou le récit clinique d’un viol, à charge? Seul nom cité dans ce livre, celui de Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel de New York qui a envoyé Dominique Strauss-Kahn en prison, à Rikers Island, sur des accusations de viol en mai 2011.

Un récit qui, pour le plaignant, s’appuie totalement sur le réel et contredit la procédure américaine, qui a abandonné toute poursuite contre DSK.

Régis Jauffret, auteur de

Régis Jauffret, auteur de «La Ballade de Rikers Island»

Cette affaire du Sofitel, si elle s’était finalement soldée par une transaction financière, avait coûté sa carrière à un économiste brillant, un brin dilettante, aimant l’argent et les femmes, et alors favori de la course à la présidentielle française de 2012.

«L’affaire du Sofitel peut être romancée. On est en 2014 quand le roman paraît, le monde entier sait que Dominique Strauss-Khan a été innocenté», a plaidé Me Christophe Bigot, avocat des Editions du Seuil et de l’auteur.

«Régis Jauffret prend une affaire dont la matière est romanesque, accentue les traits, en fait ce qu’il veut. Peut mentir, inventer. C’est de la pure création», a affirmé l’avocat de l’auteur qui proclame en ouverture de son livre: «Le roman, c’est la réalité augmentée».

«le monde entier a commenté cette affaire» 

«Ce livre décrit un viol, à l’indicatif. Le lecteur croit lire enfin le récit de ce qui s’est passé dans la suite 2806 du Sofitel», a tonné Me Leclerc, se disant écoeuré par la description de l’agression, «dégradante» pas seulement pour Dominique Strauss-Kahn mais aussi pour Nafissatou Diallo.

Pour illustrer son propos, il lit un passage: «Il la jette sur le lit, la chevauche, cherche à planter son sexe entre ses lèvres serrées, et la tête de Nafissatou qui ne cesse de bouger pour éviter le gland».

Sept passages du livre sont visés, ainsi que des déclarations de l’auteur à la radio France Inter le jour de la parution, où Régis Jauffret se dit persuadé que DSK «ne s’est pas aperçu qu’il l'(Nafissatou Diallo) avait violée».

«Le monde entier a commenté cette affaire», Régis Jauffret le fait aussi, en romancier et en toute «bonne foi», a plaidé un autre de ses conseils, Bénédicte Amblard.

Des arguments balayés d’avance par le procureur, qui a estimé que Régis Jauffret n’avait «même pas tenté de s’ancrer dans la fiction pour cette oeuvre», contrairement à ce qu’il fit pour de précédents romans basés sur des faits-divers, et constaté la diffamation.

Il a laissé au tribunal le soin de fixer le montant d’éventuels dommages, le plaignant demandant pour sa part 50.000 euros à l’éditeur comme à l’auteur ainsi que la publication d’un encart portant mention de la condamnation dans tous les exemplaires parus du livre.

Le jugement a été mis en délibéré au 2 juin.

AFP

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