L’ancienne secrétaire de Joseph Goebbels sort du silence, à 105 ans

C’est une première. L’ancienne secrétaire de Joseph Goebbels, l’un des personnages clés du régime nazi, a accordé au Guardian une interview de 30 heures filmée et présentée dans le documentaire A German Life (une vie allemande).

Aujourd’hui âgée de 105 ans, Brunhilde Pomsel se confie sur sa longue vie, son parcours professionnel et sa relation avec les responsables nazis qu’elle a rencontrée. « Je sais que personne ne nous croit aujourd’hui. Tout le monde pense que nous savions tout : nous ne savions rien, tout était bien gardé secret », confie-t-elle dans ce document dont les deux bandes-annonces viennent d’être dévoilées.

Face à la journaliste du Guardian qui l’a interviewée , elle tient à dire qu’elle a fait la même chose que beaucoup d’Allemands. En 1942, à l’âge 31 ans, elle commence à travailler aux côtés de Jospeh Goebbels, ministre de la Propagande, après un passage en tant que secrétaire au sein de la radio d’Etat.

Celle qui accorde sa première et unique interview indique avoir agi comme plusieurs citoyens allemands à l’époque. « Je crois que les gens qui aujourd’hui disent qu’ils se seraient soulevés contre les nazis sont sincères, mais croyez-moi, la plupart ne l’auraient pas fait », indique-t-elle.

Interviewée pendant 30 heures, elle ne regrette pas pour autant d’avoir été à ce poste.

Elle se souvient notamment d’avoir eu entre les mains le dossier de Sophie Scholl, une activiste anti-nazi exécutée en 1943 à l’âge de 21 ans. « L’un des conseillers de Goebbels m’a dit de le mettre dans le coffre-fort et de ne pas le regarder. Je ne l’ai pas fait et j’ai été plutôt contente de moi qu’il me fasse confiance, et que mon souci d’honorer cette confiance soit plus fort que ma curiosité d’ouvrir ce dossier », raconte-t-elle.

Elle se rappelle aussi d’Eva Löwenthal, l’une ses amies juives « disparues », ou du choc ressenti après l’arrestation d’un présentateur populaire de la radio d’Etat, envoyé dans un camp de concentration car il était homosexuel. Pourtant, elle affirme être restée « dans sa bulle », sans la moindre conscience de la destruction engendrée par les nazis. Concernant la disparition des juifs, elle dit avoir cru qu’ils étaient envoyés dans la région des Sudètes, pour la repeupler.

Elle se rappelle de son patron comme d’un homme «petit mais qui se tenait bien», «gentleman», qui portait des costumes «faits de beau tissu». Il était toujours légèrement hâlé et «se faisait sûrement manucurer les mains tous les jours».

À la fin de la guerre, après le suicide de Hitler et Goebbels, elle a été condamnée à 5 ans emprisonnement dans des camps russes à Berlin et aux alentours. Ce n’est que des années plus tard, en rentrant chez elle, qu’elle a réalisé ce qu’avait été l’Holocauste.

« Dans le peu de temps qui me reste – et j’espère que ce sera des mois plutôt que des années – je me cramponne juste à l’espoir que le monde ne se chamboulera pas comme il l’avait fait alors, bien qu’il y ait eu des développements horribles, n’est-ce pas ? Je suis soulagée par le fait que je n’ai jamais eu des enfants pour lesquels je doive m’inquiéter », a-t-elle dit.

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Pure Pépite
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