Québec : l’intellectuelle Djemila Benhabib blâmée sévèrement pour plagiat

Radio-Canada – Le Conseil de presse du Québec « blâme sévèrement » la blogueuse Djemila Benhabib, contre qui une plainte de plagiat a été retenue pour des chroniques publiées sur le site Sympatico.ca en 2014 et en 2015 – une réprimande rejetée par la principale intéressée, qui évoque même une « commande politique ».

Djemila Benhabib

Djemila Benhabib

Djemila Benhabib est une intellectuelle bien connue. Elle a reçu de nombreux prix, notamment pour ses livres Ma vie à contre-Coran et Les Soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident. Militante pour la création d’une charte de la laïcité, elle a tenté deux fois de se faire élire sous la bannière du Parti québécois, à Trois-Rivières et à Laval, sans succès.

La plainte, déposée par la journaliste indépendante Odile Jouanneau, concernait à l’origine neuf articles publiés entre octobre 2014 et avril 2015. Or, « devant l’ampleur qu’aurait constitué la tâche d’examiner l’ensemble des cas soumis, et d’un commun accord avec la plaignante, le Conseil a restreint son analyse à cinq articles » publiés entre décembre 2014 et avril 2015.

« Dans tous les articles analysés, le Conseil a constaté, à divers degrés, du plagiat sous la forme de passages reproduits mot à mot ou reformulés à partir de diverses sources, soit des quotidiens en ligne, des auteurs littéraires ou des chercheurs ou intellectuels », écrit le Conseil dans sa décision, obtenue en primeur par Radio-Canada.

« Dans tous les cas, les passages n’étaient pas entre guillemets, les sources n’étaient pas identifiées, et aucun lien ne menait à ces sources », poursuit-il.

es inexactitudes ont également été relevées dans trois articles. Un troisième grief d’information incomplète a par ailleurs été rejeté.

Une commande politique

Jointe au téléphone, Djemila Benhabib réfute carrément les conclusions du Conseil de presse.

« Je rejette cette accusation-là. Il m’arrive de noter dans mon calepin toutes sortes de mots, toutes sortes de phrases qui viennent de sources différentes et multiples. Et il est malheureux que le Conseil de presse n’ait pas tenu compte de mon argumentaire », déplore-t-elle.

Dans sa décision, le Conseil de presse rappelle en effet un passage de son guide de déontologie, selon lequel « le fait qu’une information soit diffusée dans un média ne justifie en aucun cas un autre média de la copier ou de la reproduire impunément sans en mentionner la provenance ou sans l’autorisation de l’auteur. Le fait d’effectuer des modifications à un texte original ne permet pas non plus de se l’attribuer ».

Mais Mme Benhabib persiste et signe : elle croit que la plainte est une commande politique qui vise à la discréditer.

La plaignante, qui n’en est pas à sa première plainte pour plagiat au Conseil de presse, fait valoir qu’elle a agi par principe en montant un volumineux dossier de recherche sur Mme Benhabib.

« Elle [Djemila Benhabib] parle d’acharnement, de harcèlement, de complot contre elle… C’est de la victimisation […] Moi, ce que je lui réponds, c’est que je le fais bénévolement, sur mon année sabbatique, et que mon seul intérêt, c’est l’intérêt public », soutient Odile Jouanneau.

Jugement sans effet

La décision du Conseil de presse n’est rattachée à aucune sanction, puisqu’il s’agit d’un tribunal d’honneur. Elle n’a pas encore été publiée, mais elle le sera prochainement. En tant que membre du Conseil, Bell Media – qui détient le portail Sympatico – aura alors « l’obligation morale » de publier ou de diffuser la décision dans un délai de 30 jours.

Avant même que la plainte ne soit déposée, la section « Opinions » de Sympatico.ca a été fermée et les textes de Mme Benhabib ont été retirés, ce qui a d’ailleurs compliqué le travail du Conseil.

Simon Céré, porte-parole de Bell Media, a joint Radio-Canada en fin de journée vendredi pour assurer que l’entreprise respectait la décision du Conseil. M. Céré a par ailleurs expliqué que la fermeture de la section « Opinions » de Sympatico n’avait rien à avoir avec la plainte de Mme Jouanneau, et qu’il s’agissait tout simplement d’une décision d’orientation.

Le Conseil de presse du Québec a été fondé en 1973. Présidé par Paule Beaugrand-Champagne, il rend environ une demi-douzaine de décisions par mois.

Les plaintes sont jugées par un comité composé de sept personnes.

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