La réforme de l’orthographe en France : Explications

Europe 1 – Que change vraiment cette réforme ?  D’où sort-elle ? Explications d’un changement polémique et parfois mal compris.

Les règles de l’orthographe évoluent… mais encore faut-il le faire savoir aux élèves.Une réforme de l’orthographe adoptée en 1990, validée à l’époque par l’Académie française, ainsi qu’en Belgique, au Québec ou en Suisse, va faire son apparition dans la plupart des manuels scolaires de l’école primaire de la rentrée prochaine. Peu d’éditeurs avaient en effet, jusqu’à présent, intégré la nouvelle orthographe. Elle entraîne notamment une disparition partielle de l’accent circonflexe, des traits d’union ou encore de certains « ph » au profit du « f ». Ce qui n’a pas manqué de susciter une levée de boucliers .

LA REFORME : UNE ÉPURATION LIMITÉE

Il faut avant tout préciser une chose : « l’orthographe rectifiée », le petit nom de la réforme, est facultatif. Les élèves qui décideraient d’écrire « comme avant » peuvent continuer à le faire sans risque d’être sanctionnés. Ce que permet la réforme, c’est de rendre valides un certain nombre de nouvelles normes.

Sur les accents. Contrairement à ce qui peut se lire ici et là sur les réseaux sociaux, la réforme n’entraine pas la disparition complète des accents circonflexes. La nouvelle orthographe supprime bel bien le « petit chapeau » de la plupart des mots, mais il y a des exceptions lorsque cela entraîne un changement de sens. « Mûr », « dû », « jeûne », « sûr » et les déclinaisons du verbe « croître » continuent ainsi de se couvrir comme avant. « Coût » peut en revanche devenir « cout », « entraîner » « entrainer » etc. La réforme met aussi à l’honneur l’accent grave, au détriment de l’accent aigu. Dans certains mots, le premier est préféré au second : on peut ainsi écrire « évènement », « règlementaire », je « cèderai » ou « ils règleraient ». Enfin, sachez que le tréma est déplacé sur quelques rares mots : « ambiguë » devient par exemple « ambigüe ».

Sur les traits d’union. Dans les noms composés avec trait d’union du type « pèse-lettre » (verbe + nom) ou sans-abri (préposition + nom), le second élément prend alors la marque du pluriel… mais uniquement si c’est au pluriel. On ne met un « s » à « compte-goutte » que lorsque c’est au pluriel. Le trait d’union est par ailleurs supprimé pour les mots composés avec « contr », « entr », « extra », « infra », « intra », « ultra » ou avec des éléments « savants » du type « hydro, « socio » etc. Il est également supprimé dans les onomatopées et dans les mots d’origine étrangère. À la place, il faut opérer une « soudure » des deux mots. « Entre-temps » peut ainsi s’écrire « entretemps », « week-end » « weekend » et « extra-terrestre » « extraterrestre ».

Des « anomalies » supprimées. La réforme modifie enfin certains mots présentés comme des « anomalies ». « Nénuphar » devient « nénufar », « oignon » « ognon » et « combatif » « combattif ». La quarantaine de ces « anomalies » corrigées ont été listées.

LE BUT : MODERNISER LA LANGUE

L’origine. L’histoire du projet commence en 1988. Le Syndicat national des instituteurs publie un sondage sans appel : 90% des enseignants (1.200 avaient répondu) sont alors favorables à une simplification « raisonnable et progressive de l’orthographe ». Le ministre de l’Education nationale de l’époque, un certain Lionel Jospin, refuse pourtant de se lancer dans une réforme. Mais face à la pression de linguistes, le premier ministre Michel Rocard crée par décret et préside un « Conseil supérieur de la langue française » (qui sera dissout par la suite). Ce dernier finit par formuler des propositions à l’Académie, qui les valide après un long travail d’épuration.

L’esprit. Les partisans de la réforme mettent alors en avant le trop grand décalage entre « l’écrit et le parler ». L’empilement de normes est également jugé peu justifié, notamment à l’étranger. Certains problèmes de traduction sont ainsi constatés sur les produits à l’export, ou dans des ouvrages français mis à disposition dans les grandes bibliothèques internationales. Dix linguistes publie à l’époque un « manifeste » dans le journal Le Monde, pour défendre l’esprit de la réforme. « Les Français n’ont donc pas à rougir de leur orthographe, qui est dans l’ensemble régulière et plus cohérente qu’on ne le croit. Mais ils risquent de souffrir d’avoir cessé de la moderniser », pouvait-on lire par exemple. Le problème est également, selon les partisans de la réforme, d’ordre pédagogique. « Vouloir conduire 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat implique qu’on s’interroge sur l’écart qui se creuse entre les français écrit et parlé, sur une norme devenue en certains points impraticable, et non transmissible au cours d’études raisonnables », poursuivaient les linguistes.

POURQUOI CELA A-T-IL PRIS AUTANT DE TEMPS ?

Les éditeurs se réveillent petit à petit. Facultative depuis le départ, la réforme était presque tombée aux oubliettes, globalement rejetée par les enseignants et les éditeurs de manuels. Jusqu’à aujourd’hui, seul l’éditeur Hatier l’avait intégrée. Mais en novembre 2015, le Bulletin officiel du ministère de l’Education nationale sur les nouveaux programmes d’enseignement à l’école l’érige en « référence » pour les manuels scolaires. Ce qui a visiblement suffit à convaincre certains éditeurs réticents. Belin a ainsi décidé de « moderniser » ses manuels et même d’y apposer « un macaron » pour signaler que cet ouvrage est rédigé avec l’orthographe recommandée. Au sein d’Hachette Livre, les maisons d’édition scolaire « introduisent progressivement cette réforme depuis 2008 », a précisé une porte-parole. Ses éditeurs abordent désormais cette réforme « en exposant les deux orthographes, aussi valables l’une que l’autre ».

Pas du ressort du gouvernement. « Ce n’est pas le ministère de l’Education qui fait l’orthographe en France », indique-t-on simplement du côté du gouvernement. L’Académie française et le Conseil supérieur de la langue française avaient, pour leur part, bien insisté à l’époque sur le caractère facultatif de la réforme. D’où le fait que personne ne se soit vraiment saisi de la question jusqu’à la récente réforme des programmes mise en œuvre par Najat Vallaud-belkacem. « C’est l’orthographe officielle de la République depuis plus de 25 ans. Ce qui est surprenant ce que l’on s’en surprenne! », commente pour sa part Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes (CSP).

« L’Académie française a fait un travail très précis », martèle-t-il. « Il y avait des anomalies orthographiques liées à des évolutions historiques un peu étranges, donc l’Académie avait vraiment veillé à ce que ces modifications soient compréhensibles, ce n’était absolument pas un bouleversement, plutôt du toilettage ». Une tolérance « permet aux enseignants comme d’ailleurs à tous les fonctionnaires, d’utiliser les deux orthographes, c’est-à-dire avant révision ou après révision », souligne-t-il enfin. Reste à savoir si les enseignants suivront le mouvement des éditeurs.

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