La présidente du Brésil Dilma Rousseff destituée

La présidente du Brésil Dilma Rousseff a été destituée mercredi par une majorité de plus des deux tiers requis des sénateurs pour maquillage des comptes publics, au terme d’une procédure juridico-politique hautement controversée.

Sur les 81 parlementaires, 61 ont voté pour la destitution de la dirigeante de gauche, élue en 2010 à la tête du plus grand pays d’Amérique latine, et qui sera remplacée dans la journée par son ancien vice-président, Michel Temer (PMDB, centre droit).

La destitution de la présidente Dilma Rousseff mercredi n’a qu’un précédent au Brésil, mais radicalement différent à de nombreux titres, celui de Fernando Collor de Mello en 1992.

D’abord parce que M. Collor, suspendu de ses fonctions, avait démissionné avant son inéluctable destitution par le Sénat, contrairement à Dilma Rousseff qui a défendu son innocence jusqu’au bout.

Première femme élue à la présidence du plus grand pays d’Amérique latine, Dilma Rousseff est formellement un cas unique dans l’histoire du Brésil.

Mais les deux cas sont radicalement différents pour d’autres raisons.

Premier président élu au suffrage universel après la dictature militaire (1964-1985), M. Collor, issu d’un petit parti, avait rapidement fait l’unanimité de la classe politique contre lui, et essuyé des manifestations populaires monstres réclamant son départ du pouvoir.

Dilma Rousseff a également battu des records d’impopularité. Mais son cas, loin de faire l’unanimité, a profondément divisé les Brésiliens, selon leur classe sociale ou leur appartenance politique.

En outre, M. Collor était accusé de « corruption » alors que Mme Rousseff a répondu d’accusations plus techniques et moins infamantes de maquillage des comptes publics.

Il avait été privé de ses droits civiques pendant huit ans. Revenu en politique il a été élu sénateur d’Alagoas (nord-est) en 2006, puis réélu en 2010. Ironie de l’histoire, il faisait donc partie des parlementaires qui ont jugé Mme Rousseff.

Lors du procès de la dirigeante de gauche cette semaine, il a évoqué sa propre expérience, rappelant, deux ans après sa démission, avoir été blanchi par la justice des accusations de corruption qui avaient motivé son procès en destitution.

Comme Dilma Rousseff, il a ainsi estimé avoir été « jugé politiquement » et non selon des critères juridiques.

Mardi, le sénateur de 67 ans s’est exprimé devant ses pairs pour défendre la nécessité de destituer Mme Rousseff, sans toutefois dévoiler explicitement son vote.

Mercredi, il a voté « pour » la destitution de Mme Rousseff.

La destitution « est un remède constitutionnel d’urgence dans un régime présidentiel, quand le gouvernement, en plus de commettre des crimes de responsabilité, perd les rênes du contrôle politique et économique du pays ».

Mais « aujourd’hui, la situation est complètement différente », a-t-il estimé, car « le gouvernement (de Dilma Rousseff) a transformé sa gestion en tragédie annoncée » en faisant preuve de « cécité économique » et de « surdité politique ».

« J’avais alerté (le gouvernement de Mme Rousseff) sur la possibilité de subir un « impeachment », mais on ne m’a pas écouté », avait-il assuré en mai.

La famille Collor s’était tragiquement illustrée quand, en 1963, le père de l’ex-président, le sénateur Arnon Collor de Mello, avait tiré trois coups de pistolet en plein Parlement, tuant un de ses collègues alors qu’il en visait un autre.

Source : AFP

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