Israël fait ses adieux à Shimon Peres, Mahmoud Abbas assistera aux obsèques

Le peuple israélien a fait ses adieux à Shimon Peres jeudi, avant que les dirigeants de la planète ne convergent par dizaines à Jérusalem pour l’enterrement de cette grande figure historique.

Une personnalité n’a pas attendu les funérailles vendredi pour aller se recueillir sur le cercueil, exposé sur le parvis de la Knesset (Parlement).

Bill Clinton, qui avait présidé à la signature du premier accord d’Oslo et à la fameuse poignée de main entre les ennemis israéliens et palestiniens d’autrefois, peinait visiblement à contenir son chagrin devant le cercueil contenant l’un des signataires de l’accord et celui qu’il appelait « l’ami véritable » de la famille.

Ce fut une rare interruption dans le flux continu des milliers d’Israéliens de tous âges et toutes origines sociales qui ont défilé devant le coffre.

Beaucoup ont pris en photo le cercueil ceint du drapeau bleu et blanc frappé de l’étoile de David. Pas de solennité extrême, pas beaucoup de larmes, mais le sentiment qu’une page d’histoire commune était tournée.

« Une ampleur sans précédent »

Marielle Halimi a patienté plus d’une heure avant de pouvoir entrer avec ses trois enfants, puis d’en repartir en pleurant. « Ce qui est important, c’est que mes enfants comprennent et respectent ce que cet homme a fait, ses valeurs, son amour pour Israël, sa volonté de paix », dit-elle.

Jérusalem, ses drapeaux en berne, était déjà en état de siège alors que ne faisait que commencer l’hommage à celui que tout le monde ici appelait Shimon et dont l’image était intimement associée à l’ascension d’Israël, de la naissance au statut de puissance régionale.

Vendredi, avec l’arrivée des dirigeants étrangers, le mont Herzl sur lequel Peres sera enterré, et une grande partie de Jérusalem devraient être largement coupés du monde.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau, le président américain Barack Obama, ses homologues français, allemand ou polonais, le prince Charles, le roi d’Espagne Felipe VI et des dizaines de personnalités sont annoncés.

« Nous avons affaire à une opération d’une ampleur sans précédent », a déclaré le chef de la police Roni Alsheikh.

Israël n’a pas connu de tel événement au moins depuis les funérailles en 1995 d’Yitzhak Rabin, l’ancien rival et premier ministre assassiné, qui avait été récompensé en même temps que Shimon Peres et le leader palestinien Yasser Arafat du Nobel de la paix en 1994.

« Une période délicate »

Dans un pays constamment confronté aux défis sécuritaires, 8000 policiers ont été mobilisés.

Les obsèques coïncident avec le début des congés des grandes fêtes juives qui font redouter aux autorités israéliennes un accès de violences palestiniennes.

« Nous sommes dans une période délicate, notamment en raison des menaces terroristes et des incitations à la haine sur les réseaux sociaux », a dit le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan.

M. Erdan a ordonné de surveiller les réseaux sociaux pour repérer la menace d’attaque par un individu isolé ou toute provocation qui viserait un dirigeant étranger, a dit la police.

M. Peres s’est éteint mercredi matin à l’âge de 93 ans à l’hôpital des suites d’un accident vasculaire cérébral.

Les marques de l’immense respect qu’inspirait Peres ont afflué du monde entier, saluant la vision, le courage ou la ténacité dans la recherche de la paix de celui que beaucoup de dirigeants étrangers appelaient leur « ami ».

Il était le dernier survivant des trois récipiendaires du Nobel de la paix 1994 récompensant leurs « efforts en faveur de la paix au Moyen-Orient », concrétisés un an plus tôt par le premier accord d’Oslo. Celui-ci jetait les bases d’une autonomie palestinienne et offrait un espoir de règlement du conflit.

Malgré Oslo et la conversion à la paix de cet ancien faucon, les Palestiniens ont une image bien plus sombre de l’homme qui a cautionné les premières colonies juives de Cisjordanie occupée et qui était premier ministre quand l’aviation israélienne a bombardé le village libanais de Cana, tuant 106 civils en avril 1996.

Aucune présence de dirigeants d’importants pays du Moyen-Orient, largement solidaires des Palestiniens, n’avait été officialisée.

Mahmoud Abbas fera le déplacement

Le président palestinien Mahmoud Abbas assistera vendredi à Jérusalem aux obsèques du prix Nobel de la paix et ancien président israélien Shimon Peres, ont indiqué aujourd’hui à l’AFP des hauts responsables palestiniens.

M. Abbas ne s’est pas rendu à Jérusalem pour une visite officielle depuis des années.

Avec AFP

 

 

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