France: manifestations des jeunes et violences contre la loi du travail

Remontés contre une réforme du droit du travail jugée trop libérale, des dizaines de milliers de jeunes ont participé jeudi dans toute la France à des manifestations, qui ont été entachées de violences.

Universités et lycées bloqués, échauffourées avec les forces de l’ordre, casseurs glissés dans les cortèges: 23 personnes ont été interpellées lors d’incidents commis en marge des défilés, et une dizaine de personnes légèrement blessées.

Des dizaines de milliers de jeunes ont participé dans toute la France à des manifestations. Photo AP

Des dizaines de milliers de jeunes ont participé dans toute la France à des manifestations. Photo AP

Les manifestations, organisées dans plusieurs villes du pays, ont rassemblé 69 000 personnes, selon les autorités, 150 000 jeunes, selon les organisateurs. C’est moins que les 220 000 à 400 000 manifestants recensés il y a huit jours.

Entre-temps, le gouvernement socialiste a lâché du lest, revenant sur de nombreux points contestés de sa réforme qui avait suscité une levée de boucliers à gauche, inquiétante pour l’exécutif à un an de l’élection présidentielle.

Si les syndicats réformateurs ont salué ces concessions, le premier syndicat étudiant, l’UNEF, et des organisations lycéennes ont souhaité poursuivre la mobilisation et continuent d’exiger le retrait pur et simple du projet.

«Nous ne serons pas de la chair à patron», «La rue maintenant pour ne pas y être dans 30 ans», ont scandé les manifestants dans le cortège parisien.

À Rennes (ouest), qui abrite l’une des universités les plus politisées de France, le parti du président François Hollande était la cible de slogans hostiles: «Parti socialiste, Parti esclavagiste», «P comme pourri, S comme salaud!».

«Regardez ce qu’il y a dans le texte» (…) il n’y a aucune raison de demander le retrait», a répondu le premier ministre Manuel Valls aux manifestants, en assurant que sa «porte» restait ouverte aux représentants des jeunes.

Avant de descendre dans les rues, des élèves ont bloqué leurs établissements. Jusqu’à 200 lycées ont ainsi été empêchés de fonctionner, selon les organisations lycéennes.

«On continuera de bloquer jusqu’au retrait de la loi. Mais il faut être réaliste, ça ne tiendra pas longtemps, on n’est que des lycéens», a déclaré Julie, 15 ans, croisée dans l’est parisien.

Campus fermés

Côté universités, certains campus à Paris, Lyon ou Bordeaux sont aussi restés fermés. Une intervention des forces de l’ordre à la faculté de Strasbourg (est) a fait cinq blessés, selon l’UNEF. L’une d’elles saignait à la tête, a constaté l’AFP.

En marge de ces manifestations, des petits groupes de jeunes s’en sont pris aux forces de l’ordre, tandis que des casseurs commettaient des faits de vandalisme.

À Rennes, des milliers de personnes ont envahi la gare à la mi-journée et une centaine de jeunes sont descendus sur les voies, interrompant la circulation des trains pendant une demi-heure.

Entre 300 et 400 personnes ont aussi jeté de la peinture et des canettes sur la mairie, d’autres projectiles sur les forces de l’ordre. Un policier a été légèrement blessé.

À Paris, quatre manifestants ont été interpellés et deux policiers légèrement blessés dans le même type d’incidents. À Marseille (sud), des échauffourées ont brièvement éclaté entre une centaine de jeunes, dont certains encagoulés, et des policiers devant un commissariat.

L’exécutif socialiste est particulièrement attentif aux mouvements de jeunes qui, dans le passé, ont pu s’installer dans la durée ou déraper dans la violence.

En 2006, le gouvernement, à l’époque dirigé par la droite, avait ainsi dû retirer un projet de contrat de travail spécifique pour les jeunes à la suite de plusieurs semaines de manifestations.

Cette fois, toutes les organisations étudiantes ne se sont pas associées aux appels à manifester. La FAGE, deuxième syndicat étudiant, convaincu par la nouvelle mouture du gouvernement, souhaite donner sa chance au «dialogue».

Le projet de loi vise, selon le gouvernement, à lever les freins à l’embauche pour lutter contre un chômage de masse (plus de 10%). Mais pour ses détracteurs, il est trop favorable au patronat et risque d’accroître la précarité des salariés.

Il sera présenté en Conseil des ministres le 24 mars. Les syndicats contestataires, CGT et FO notamment qui se trouvaient jeudi aux côtés des jeunes, prévoient une nouvelle journée d’actions le 31 mars. AFP

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