Attaques en Tunisie: 21 djihadistes et 4 civils tués (MAJ)

Au moins 21 djihadistes et quatre civils ont été tués lundi dans une région de Tunisie proche de la Libye à la suite «d’attaques simultanées» sans précédent qui ont déterminé Tunis à fermer tous les postes-frontières.

Les patrouilles terrestres et aériennes seront également renforcées le long de la frontière avec la Libye, un pays où le chaos politique a entraîné le renforcement des djihadistes du groupe État islamique (EI).

Les attaques à l’aube ont visé une caserne de l’armée, un poste de police et un poste de la garde nationale (gendarmerie) à Ben Guerdane, une localité située à quelques kilomètres seulement de la Libye.

Des unités de l'armée se sont déployées dans la ville de Ben Guerdane et ont sécurisé ses accès. Photo AFP

Des unités de l’armée se sont déployées dans la ville de Ben Guerdane et ont sécurisé ses accès. Photo AFP

«Les unités sécuritaires et militaires (tunisiennes) ont pu tuer 21 terroristes et en arrêter six autres», ont indiqué dans un communiqué conjoint les ministères de l’Intérieur et de la Défense. Quatre civils, dont un adolescent de 12 ans, ont péri dans des circonstances qui n’ont pas été précisées.

Le ministère de la Défense avait plus tôt indiqué à l’AFP qu’un soldat avait aussi été tué.

Le nombre d’extrémistes impliqués n’a pas été précisé, mais des opérations sont toujours «en cours pour pourchasser les terroristes», selon Tunis.

Couvre-feu nocturne

Un couvre-feu a été instauré à Ben Guerdane, de 19 h à 5 h du matin, a annoncé le ministère de l’Intérieur.

Le premier ministre tunisien Habib Essid, qui s’est entretenu avec le président Béji Caïd Essebsi, a appelé les habitants à rester «vigilants».

En fin de matinée, établissements scolaires et administrations étaient fermés à Ben Guerdane, d’après des témoins.

Les forces de l’ordre patrouillaient dans les rues de la ville et incitaient par haut-parleurs les habitants à rester chez eux, selon un correspondant de l’AFP sur place. Des soldats montaient la garde du haut de certains toits.

Des images circulant sur l’internet montrent des habitants observant et applaudissant les soldats. «Vive la Tunisie! Dieu est grand!», criaient-ils alors que retentissaient toujours des tirs.

Parmi les victimes civiles des affrontements figure un adolescent de 12 ans, a précisé à l’AFP un responsable de l’hôpital de la ville, Abdelkrim Chafroud. Il a également fait état de la mort de deux agents de sécurité, une information qui n’a toutefois pas été confirmée de source officielle.

Outre la fermeture des postes-frontières pour une durée indéterminée, les autorités ont également bouclé la route côtière reliant Ben Guerdane à Zarzis (nord).

Raid américain en Libye

La Tunisie est confrontée depuis sa révolution de 2011 à l’essor d’une mouvance djihadiste responsable de la mort de dizaines de policiers et de soldats ainsi que de touristes étrangers.

Cette attaque simultanée contre des installations sécuritaires, d’une ampleur inédite, intervient moins d’une semaine après une autre opération antiterroriste dans cette même région.

Cinq extrémistes venus de Libye, retranchés dans une maison, avaient alors été tués par des unités de l’armée, de la garde nationale et de la police. Un civil était mort après avoir reçu une balle perdue, et un commandant blessé.

Au moins quatre des extrémistes étaient de nationalité tunisienne, d’après les autorités, qui avaient dit avoir mis la main sur un arsenal: Kalachnikov, ceintures explosives, munitions et «grenades artisanales».

Le ministère de l’Intérieur avait indiqué avoir été informé durant les jours précédents de la possible entrée sur le sol tunisien de «groupes terroristes», à la suite d’un raid américain du 19 février contre un camp d’entraînement du groupe État islamique (EI) à Sabratha, dans l’Ouest libyen, près de la frontière avec la Tunisie.

Ce bombardement américain avait fait des dizaines de morts, parmi lesquels aurait figuré Noureddine Chouchane, un Tunisien décrit comme un cadre opérationnel de l’EI impliqué dans deux des attaques perpétrées en 2015 en Tunisie, contre le musée du Bardo à Tunis (22 morts) et près de Sousse (38 morts).

La Tunisie, qui compte plus de 5000 ressortissants dans les rangs d’organisations djihadistes à l’étranger selon différentes estimations, dit régulièrement son inquiétude à propos de la situation en Libye.

Pour tenter de se protéger, elle a achevé la construction d’un «système d’obstacles» sur près de la moitié des 500 km de frontière commune. Les postes frontaliers avaient déjà été fermés l’automne dernier durant 15 jours, après l’attentat-suicide contre la sécurité présidentielle à Tunis (12 morts), revendiqué par l’EI.

AFP

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