20.000 Syriens fuyant l’assaut d’Alep bloqués à la frontière turque

AFP – Vingt-mille civils ayant fui l’offensive des forces de Bachar al-Assad dans la province d’Alep étaient bloqués vendredi du côté syrien de la frontière turque, aggravant le drame humanitaire engendré par le conflit qui doit faire l’objet de nouvelles consultations à l’ONU.

« Environ 20.000 personnes sont rassemblées au niveau du poste-frontière de Bab al-Salama et quelque 5.000 à 10.000 ont été déplacées vers la ville d’Azaz », non loin de ce point de passage fermé, a déclaré Linda Tom, porte-parole du Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).

Sous la couverture des raids aériens russes –près d’un millier depuis le début de cette offensive lundi–, l’armée a repris aux rebelles deux nouvelles localités, Rityane et Mayer, resserrant davantage l’étau autour de la ville septentrionale d’Alep, dont l’ouest est contrôlé par le régime et l’est par les rebelles.

Mais la rébellion a pu reprendre plus de la moitié de Rityane lors de violents combats ayant fait environ 60 morts dans chaque camp, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Dans le sud du pays, toujours avec l’appui d’intenses frappes russes, ainsi que du Hezbollah libanais, l’armée s’est emparée d’Atmane, une localité clé de la province de Deraa.

Les rebelles se trouvent désormais dans ce qui pourrait être leur pire moment depuis le début du conflit en 2011. La province d’Alep est en effet l’un des principaux fiefs de la rébellion dans un pays morcelé entre régime, rebelles et jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

« Les rebelles battent en retraite partout, il n’y a pas un front significatif où ils ne battent pas en retraite », note Emile Hokayem, de l’International Institute for strategic studies.

En attendant, la situation humanitaire déjà catastrophique s’est encore aggravée.

« Où êtes-vous ? » 

40.000 habitants de la province d’Alep ont fui l’offensive du régime et pris la route de l’exode. Parmi ces civils, 10.000 personnes ont fui vers la ville kurde d’Afrine, a indiqué la porte-parole d’OCHA.

« Il y a actuellement un camp de déplacés dans la zone d’Afrine », a déclaré Linda Tom à l’AFP.

« Les combats ont aussi perturbé une grande partie de (l’acheminement de) l’aide et des routes de ravitaillement depuis la frontière turque », a-t-elle souligné, déplorant que « l’accès aux populations (devenait) de plus en plus difficile ».

Sur une vidéo diffusée par des militants sur internet, on peut voir des centaines de personnes, dont de nombreux enfants, se dirigeant vers un poste-frontière turc. Certaines portent sur le dos des sacs en plastique, d’autres semblent être parties sans rien.

« Où êtes-vous, Turquie, Arabie saoudite, Qatar? Où êtes-vous, musulmans, pour nous aider? », s’élève un homme en colère, citant des pays soutenant la rébellion.

« Ce qui frustre le plus les rebelles, ce sont ces pays qui prétendent être amis de la Syrie qui se contentent de belles paroles », indique pour sa part à l’AFP via internet le militant Mamoun al-Khatib, directeur de l?agence de presse locale Shahba.

Vendredi, la frontière entre la Turquie et la Syrie était fermée au sud de la ville turque de Kilis (sud).

Selon un journaliste de l’AFP, la situation était calme au poste-frontière turc d’Oncupinar (appelé Bab al-Salama côté syrien), où aucune entrée ou sortie du territoire turc n’était autorisée.

« Le monde se tait » 

La Turquie, qui accueille déjà quelque 2,5 millions de Syriens, a accusé les « complices » russes de Damas de « crimes de guerre ».

« Environ 10.000 personnes venues d’Alep attendent aujourd’hui à la frontière pour entrer en Turquie. Les Russes bombardent sans répit, le régime bombarde sans répit. Mais le monde se tait », déplorait jeudi soir le président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Sur le plan politique, les pourparlers de paix indirects à Genève qui n’avaient même pas démarré entre régime et opposition ont été reportées par le médiateur de l’ONU Staffan de Mistura au 25 février.

Ce dernier devait rendre compte vendredi de sa décision au Conseil de sécurité. Il a affirmé dans un entretien au quotidien italien La Repubblica, que l’ONU allait « vérifier » le 12 février, à l’occasion d’une conférence sur la sécurité à Munich, la volonté des grandes puissances impliquées en Syrie de parvenir à la paix.

Or les Etats-Unis, la France, la Turquie et l’Otan ont accusé Moscou de miner les efforts pour un règlement politique du conflit –qui a fait plus de 260.000 morts et poussé plus de la moitié de la population à l’exode–, des accusations sèchement rejetées vendredi par l’ambassadeur russe à l’ONU.

Ankara a par ailleurs jugé « risibles » les accusations formulées la veille par Moscou sur un projet d’intervention militaire turque en Syrie.

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