«Je vais péter les plombs», prévient Jawad dans un courrier depuis sa prison

A l’isolement depuis son arrestation, Jawad Bendaoud, dont l’appartement avait servi de planque aux jihadistes du 13 novembre et qui s’était illustré en direct à la télévision avant de se faire arrêter par la police, apostrophe violemment les juges d’instruction dans un virulent courrier où il continue de clamer son innocence.

«Depuis ma sortie de prison, je n’ai même pas préparé un repas et vous me parlez de préparer des attentats. Je n’ai rien à voir avec tout ça», martèle l’ancien petit marchand de sommeil de Saint-Denis, dans sa lettre du 25 mars, dont l’AFP a eu connaissance. Jawad Bendaoud, arrêté le 18 novembre et mis en examen six jours plus tard notamment pour «association de malfaiteurs criminelle en relation avec une entreprise terroriste», est depuis à l’isolement à la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis.

«J’avais pris de la coke et du shit»

L’homme de 29 ans, déjà condamné pour homicide involontaire en 2008, cherche par tous les moyens à prouver son innocence dans les attentats meurtriers de Paris et Saint-Denis. «J’ai vu Abaaoud (cerveau présumé des attentats, ndlr) moins de dix minutes, vous croyez que je suis profileur pour savoir ce qu’il a fait avant d’arriver chez moi», écrit-il, rappelant avoir «consommé de la coke et du shit en quantité» ce jour-là. Quant aux explosifs, «la seule fois où j’en ai vu (…), c’est dans des films d’action».

Il y a bien sûr ce SMS embarrassant pour sa défense adressé au matin du 18 novembre à sa petit amie : «Tous les mecs de ma rue, hier, ils rigolaient, ils m’ont dit t’es un OUF, tu ramènes des mecs de Belgique, deux frères MUS. (…) Sur le Coran de La Mecque c’est des terroristes». Un message qui laisse penser qu’il avait dès le départ établi un lien entre les deux fugitifs et les attentats. Mais là encore, Jawad Bendaoud dit avoir tout inventé.

«Je m’en doutais mais je voulais cet argent»

«J’ai affabulé. Personne ne m’a dit ça. Je voulais jouer un rôle, (…) me vanter», assure-t-il aujourd’hui aux juges. L’écriture droite et régulière devient anarchique au fil des pages de sa lettre aux juges : «Je veux sortir de l’isolement. Je vais péter les plombs», conclut cet homme dont les images peu avant son arrestation à Saint-Denis ont fait le tour du monde et suscité la risée des internautes. Dans ces déclarations à la télévision peu avant son arrestation, Jawad paraissait tomber des nues.

«Mon client n’a à aucun moment adhéré ou été associé à un quelconque projet terroriste», commente l’une de ses avocates, Me Marie-Pompei Cullin. Certaines charges contre lui sont tombées : un coup de téléphone qu’il a reçu de Belgique 10 jours avant les attentats s’est révélé sans rapport avec l’enquête. Jawad Bendaoud, surnommé depuis cette affaire le logeur de Saint-Denis, a toujours clamé son innocence. Mais en décembre, il aurait finalement admis devant les enquêteurs, selon Le Monde, avoir fait le lien avec les terroristes et les personnages qu’il avait logés dans son meublé de Saint-Denis. «J’ai douté, il y avait un truc pas clair, mais je ne vais pas prendre vingt ans pour ça. Je m’en doutais, mais je voulais l’argent».

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